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Pierre Ndiaye

Originaire de FADIOUTH et ainé d’une famille sérère catholique, Pierre Ndiaye, la soixantaine, est un fervent militant de la foi et du travail.

Parti de rien, cet ingénieur agroalimentaire est parvenu à se faire une place au soleil grâce à son entreprise familiale « Mamelles Jaboot », une unité de transformation de yaourts et de céréales locales, établie dans la banlieue dakaroise.

Dans sa jeunesse, Pierre allie scolarité et travaux champêtres, activité de base de son milieu d’origine. Une enfance heureuse, vécue dans la chaleur de la Culture Sérère, qui a sans doute eu un impact certain sur son cursus. En effet, son éducation se faisant, M. Ndiaye s’abreuve de valeurs du terroir que sont: la probité, le don de soi, le respect de l’adulte et de la parole donnée, la patience et surtout, s’investir pour un avenir meilleur, par le travail et non par le hasard…

Son rêve de rejoindre la capitale devient réalité, lorsqu’il passe son premier cycle avec brio et vient à Dakar en 1968, pour poursuivre le second cycle. Mais, en bon insulaire, l’amour pour son île ne le quitte pas pour autant, et comme il aime à le dire: «J’étais toujours pressé de finir l’année scolaire pour fuir au village»

En 1976, notre jeune ingénieur fraîchement émoulu de l’ENSUT de Dakar entame, la même année, sa carrière dans le monde du travail. Après un séjour professionnel de 12 ans dans différentes structures sous nos cieux, ses capacités lui valent d’être recruté assistant technique dans une grande agro-industrie en Côte d’Ivoire. Alors, commence une autre expérience professionnelle doublée d’une ouverture socioculturelle. Après 7 ans de direction de production, le climat s’est anormalement dégradé lorsque le poste de directeur d’usine lui fût attribué. Dès lors, les cloches du retour au Sénégal avaient sonné en 1995 pour mettre fin à « ce que l’on pourrait considérer comme la fin de la première étape de ma vie: la naissance, la croissance, la formation, l’inculturation industrielle, le service accompli »

Son retour au pays fût pour le moins difficile. En effet, du statut de haut cadre, il passe à celui de chômeur. Au début, il active ses connaissances et pense trouver du travail chez un de ses amis qui avait une entreprise agro-alimentaire. Au lieu de l’embaucher comme Pierre s’y attendait, quelle ne fut pas sa déception, lorsque ce dernier lui conseille, au vu de son expérience engrangée dans le domaine, de plutôt de se mettre à son compte.

Petit à petit, la déception faisant place à la raison, Pierre comprit que son ami était de bon conseil, même s’il ne lui avait pas donné la solution.

Le déclic est venu d’une vague d’intoxications alimentaires au lait caillé, dues à l’amateurisme et aux mauvaises conditions de fabrication des personnes qui le mettaient à la consommation, ce qui l’a poussé à agir. « Je me suis senti interpellé, de par ma foi et l’amour de mon prochain, pour la résolution de ces intoxications. » confiera t-il.

Ainsi, avec ses maigres ressources et le soutien de sa femme et de ses enfants, Pierre acheta du matériel rudimentaire pour faire un test de fabrication de yaourt. Avec 25kg de lait, il parvient à faire du yaourt qui sera distribué et très apprécié par le voisinage, comme jadis le lait caillé SAFLAIT. Alors, il s’assigna la noble mission déclinée dans son leitmotiv « Le Yaourt Jaboot, associé aux céréales locales est un aliment complet et économique, pour la santé des petits et des grands ». Et M. Ndiaye d’enchainer, avec un plaidoyer qui renseigne sur le militantisme de ce passionné de la promotion du « consommé local »,« J’ai l’impression de sauver des humains en leur donnant une bonne alimentation, de créer un environnement financier, mais surtout de libérer mon pays de la domination coloniale permanente des importations de produits de première nécessité, qui développe d’autres pays tout en avilissant le nôtre ».

La famille Ndiaye commença alors ses premiers pas dans l’entrepreneuriat, même s’ils ne pensaient pas au début, faire de l’argent, mais plutôt faire plaisir aux clients. L’appétit venant en mangeant, Pierre augmente la quantité de ses produits, tout en veillant scrupuleusement sur la qualité.

Il se déplaçait alors jusqu’en ville pour vendre ses yaourts dans les bureaux de ses amis ( les cellules de consommateurs), qui l’avaient vu « Grand » à une certaine époque, et ne comprenaient pas ce qui lui arrivait. Et un autre challenge commence: « J’étais grand en Côte d’Ivoire et je suis revenu petit dans mon pays. Mais en bon croyant, je me suis dit qu’il fallait savoir accepter d’être petit et apprendre à devenir grand. Aussi, il me fallait enterrer mon honneur sur le coup de l’humilité, pour aller agrandir une affaire » confesse t-il.

Depuis, l’affaire a bien grandi. Parti de sa cuisine, Pierre dirige aujourd’hui une entreprise agro-industrielle à fort potentiel de croissance. « Mamelles Jaboot » compte 60 employés permanents et 25 contractuels avec une masse salariale de 201 millions en 2013 et un chiffre d’affaire de 1809 millions FCFA. Un bel exemple de réussite!