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Ndèye Fatou


Ndeye Fatou est originaire de la région de Ziguinchor. Agée de 20 ans, elle menait une vie heureuse jusqu’à la mort de son père et de sa grande sœur peu de temps après.

Suite à ces événements tragiques, Ndeye Fatou est devenue réservée et anxieuse. La situation s’empira davantage quand sa mère Adie perdit son emploi d’animatrice et se retrouva subitement démunie. Investissant les économies devant financer les frais d’études de sa fille au Canada dans la production agricole, les affaires d’Adie échouèrent et elle se vit obligée de vendre ses terres.

Ndèye Fatou avait presque perdu tout espoir dans son avenir et sa famille jusqu’au jour où elle fut informée de l’existence du programme Youthmap Casamance. Sa vie a connu subitement une nouvelle tournure. « Avant, je me disais que tout était fini pour moi, » raconte-t-elle. « Le programme a suscité l’espoir en moi et m’a redonné goût à la vie.

De fil en aiguille, son comportement prit de nouvelles couleurs, influant sur la vie de ses camarades, de sa famille et de son entourage. Selon Malang Sambou, le facilitateur de sa formation YouthMap, auparavant Ndèye Fatou « était timide, réservée et stressée… A la suite de la formation, elle est devenue plus sociable et serviable. Elle arrive à gérer efficacement les critiques. »

Un nouveau vent souffle désormais au sein de la famille. Mère et fille retrouvent leur complicité d’antan. Selon Adie, « Après quelques jours de formation, j’ai constaté qu’un changement était en train de s’opérer en elle. Ma fille était devenue plus souriante et très bavarde. A chaque fois c’est elle qui initie le dialogue, participe volontairement aux travaux ménagers sans qu’on la lui demande et discute ouvertement avec son entourage. La formation lui a permis d’être plus mature et de faire une prise de conscience des difficultés auxquelles elle était confrontée.»

Ndeye Fatou est parvenue aujourd’hui à écrire une nouvelle page de sa vie en s’investissant dans une petite activité génératrice de revenus en collaboration avec une de ses amies. Elle est également devenue membre d’une association d’aide et d’encadrement pour enfants handicapés .Ndeye Fatou se développe en leader et modèle pour ses pairs lorsqu’elle s’investit dans la prévention des grossesses précoces, des maladies sexuellement transmissibles, du manque d’hygiène et des conflits, entre autres. Siré Badjinka, une amie d’enfance, en témoigne, «Avant, Ndèye Fatou était timide et calme et aujourd’hui lorsque je la vois parler en public, je suis émerveillée par la qualité et la maturité de son discours. Chaque soir, on se retrouve entre copines et elle nous invite à nous concentrer beaucoup sur nos études et de ne jamais les abandonner. Je compte marcher sur ses pas. »

Un projet au service des talibés

Dans le cadre de son expérience YouthMap, Ndèye Fatou a participé à la création d’un projet de service communautaire au service des talibés dans leur quartier de Lyndiane. Avec ses camarades, Ndèye Fatou vise l’objectif d’ « améliorer le cadre de vie des enfants talibés dans les ‘’daaras’’ et les aider à réintégrer la société. »

Ce projet cherche à répondre aux défis auxquels leur communauté fait face, avec notamment la maltraitance des enfants, la mendicité et l'insertion des enfants talibés dans les circuits formels d'éducation.

Selon eux, leur quartier Lyndiane abrite des daaras qui accueillent chacun une trentaine d’enfants talibés, sous la supervision d’un maitre coranique. Pour répondre aux besoins des enfants, le groupe offre des vêtements et de la nourriture ; équipe les daaras en nattes, en seaux, en bassines et en détergents ; et s’applique à améliorer le cadre de vie.

Ndèye Fatou et ses camarades ont organisé une journée de sensibilisation pour amener les populations à saisir l’importance et le rôle que joue l’enfant dans la société à travers des sketchs. Dans leur discours, les jeunes sont revenus sur les valeurs et le rôle que joue réellement un daara. Ensuite, ils ont invité les acteurs concernés à changer de mentalité sur sa fonctionnalité, à se départir de la mendicité et à adopter de nouveaux comportements pour permettre aux enfants d’être les futurs leaders. Le moment fort de l’événement était la distribution de dons offerts par les populations et de matériels (moustiquaires, nattes, détergents etc.) achetés avec les 400 dollars représentant le montant du financement de leur projet de service communautaire.

Pour faire durer leur impact, les jeunes ont décliné diverses stratégies innovantes pour éradiquer définitivement cette question des talibés dans les rues de Lyndiane. Ils proposent d’impliquer les populations dans la gestion du projet et les inviter à faire des cotisations mensuelles qui seront versées aux daaras, ainsi que de faire du plaidoyer auprès des pouvoirs publics pour amener les autorités à se pencher définitivement sur la question des talibés au niveau de toute la région.

Informé du rôle qu’ils devront jouer pour rendre ces différents projets de services communautaires durables, les familles, les structures socio-professionnelles, les autorités, les leaders religieux et traditionnels, les élus locaux entre autres ont pris l’engagement d’assumer toutes les responsabilités qui leurs sont assignés. Celui-ci s’est traduit par la mise en place de comités de suivi qu’ils ont eu à créer lors des journées de mobilisation communautaire organisées au cours des activités du programme.