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Le français est-il un frein à l’innovation dans les TIC?

betterplace lab, nous sommes passionnés par l’innovation sociale numérique dans le monde entier. Partout où les TIC sont utilisés pour résoudre des problèmes sociaux et améliorer la vie des gens, nous voulons le savoir.

Notre récente expédition de recherche, Lab Around the World, nous a mené dans 15 pays sur les 5 continents à la recherche des projets les plus innovants. Parmi ceux-ci, quatre pays d’Afrique anglophones, mais un seul pays francophone – le Sénégal.

Ce n’était pas une politique délibérée, mais elle reflète bien les pays qui reçoivent généralement le plus d’attention au niveau international. En effet, quand il s’agit de solutions numériques sociales en Afrique, vous entendrez souvent parler du Kenya, du Rwanda et du Ghana , mais rarement du Mali ou du Bénin.

Pourquoi?

Les pays ayant la langue française en partage sont-ils automatiquement exclus des communautés internationales, généralement anglophones? Y a-t-il des raisons culturelles qui entrent en jeu? L’Afrique francophone est-elle tout aussi créative, mais intéresse-t-elle simplement moins les médias internationaux?

Pendant que je séjournais à Dakar, j’ai posé ces questions à plusieurs personnalités de la communauté numérique sociale sénégalaise. Voici quelques unes des réponses qu’elles m’ont donné:

Cire KANE

Directeur exécutif , Synapse Center

« En général, les jeunes entrepreneurs parlent très couramment l’anglais. Ils utilisent l’anglais dans le développement de leurs logiciels et la langue ne les arrêtent à aucun moment.

Je ne crois pas que les pays africains anglophones soient plus vifs ou plus créatifs que le Sénégal dans le développement des technologies. Si le Ghana ou le Nigeria ou l’Afrique du Sud sont en avance, ce n’est pas à cause de la langue, mais plus a cause d’une législation restrictive ici et à cause du manque d’infrastructures telles que des tech hubs ».

Mamadou DIAGNE

Membre actif de la communauté tech et open source à Dakar

« Être un pays francophone est un très gros désavantage en termes de technologie. Tout est en anglais, donc quelqu’un qui est sérieux dans son envie d’entrer dans le secteur a besoin d’investir beaucoup d’efforts dans ses compétences linguistiques».
 

Eric BERNAUD

Directeur de Mesodev

« Les organisations pour le développement dans les pays francophone sont loin derrière lorsqu’il s’agit de l’utilisation des médias numériques. Les organisations de soutien et les bailleurs de fonds en provenance de pays anglophones ont tendance à être plus conscients de l’intérêt du numérique. Cependant ils ne connaissent pas les projets ici et les projets ici ne les connaissent pas ».
 

Yann LE BEUX

Catalyste à CTIC Dakar

« Le français ne met pas les gens ici dans une situation désavantageuse sur le plan de technique. Tous les développeurs ont une bonne maîtrise de la langue anglaise et utilisent toutes les ressources standard –  Github et autres – en anglais .
On peut cependant voir un écart dans le monde de l’investissement. Le monde anglophone fait l’hypothèse que la France investi beaucoup d’argent dans les entreprises ici, mais si vous regardez les chiffres, il n’y a pas beaucoup d’investissements français dans le secteur des TIC ».

Chérif NDIAYE

Fondateur de Écoles au Sénégal

« C’est très difficile d’être un entrepreneur social ici. Les gens ne comprennent pas ce concept. La première question ici est toujours relative à ce que vous gagnez . Et les gens ne comprennent pas pourquoi, avec votre niveau d’éducation et vos ressources, vous accepteriez de gagner moins . C’est une mentalité francophone , je pense ».

Karim SY

Fondateur, Jokkolabs

« L’aspect de la langue n’est pas un inconvénient sur le plan technique , mais il l’est lorsqu’il s’agit de l’esprit d’entreprise. Les pays francophones , comme les Français eux-mêmes, sont doués pour les pensées profondes et philosophique, mais ils le sont moins lorsqu’il s’agit de l’exécution.

Nos entrepreneurs pêchent également dans le domaine du marketing. Si vous regardez tout le tapage médiatique autour de ce qui se passe au Kenya , je pense que cela a beaucoup à voir avec le travail de très bons marketeurs qui viennent des Etats-Unis et du Royaume-Uni , alors que si vous creusez un peu plus loin vous remarquerez que les projets ne sont en fait pas plus innovants que ceux que vous pourrez trouver au Sénégal ».

Hamadou TIDIANE SY

Directeur, Ejicom

« C’est vraiment un gros désavantage. Par exemple, la langue limite sévèrement l’accès des populations aux connaissances ainsi que leur accès aux plus grands marchés du monde. Il n’y a par exemple pas d’opportunités de crowdfunding majeures dans l’espace de l’Afrique francophone. Elle est également un obstacle pour la promotion et la publicité car il est extrêmement difficile d’obtenir une exposition dans le monde entier ».

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