english

Chérif Basse - Ndaam Distribution

Chérif Basse est un jeune sénégalais qui n'a pas baissé les bras malgré les temps durs qui ont mené beaucoup de jeunes à émigrer. Avec cinq amis, il a créé NDaam Distribution une entreprise de distribution de produits de grande consommation.

Ils sont une quarantaine de jeunes, debout, rassemblés en cercle au milieu de la pièce, ils chantent, dansent pour certains, et terminent ainsi leur réunion matinale dans la bonne humeur, chargés d’énergie et de motivation. Qui sont-ils ? Ce sont les jeunes commerciaux de NDAAM Distribution, une agence de distribution et de marketing à l’esprit social et solidaire, créée il y a trois ans par Chérif Basse. Celui-ci, âgé de 27 ans, nous a ouvert les portes et expliqué le fonctionnement de cette organisation innovante, qui oeuvre avant tout pour la promotion des jeunes.

Grâce à NDAAM Distribution, en effet, plusieurs centaines de jeunes âgés de 18 à 30 ans ont trouvé une activité rémunératrice et peuvent désormais se prendre en charge de façon indépendante. Mais revenons quelques années en arrière. Chérif vit une période difficile : refusant de travailler dans l’école de son père, il ne parvient pourtant pas à trouver du travail après son diplôme. Nombre de ses amis sont partis en Espagne ou en Italie, mais il refuse de croire que l’émigration est l’unique issue à ses problèmes. Finalement, grâce à un cousin, il rejoint le siège sénégalais de DS-MAX, une société de distribution canadienne. C’est pour lui une véritable révélation: la formation aux techniques de vente qu’il y reçoit est d’une grande qualité, et il sait en tirer profit. Bien qu’étant le plus jeune employé de l’entreprise, il va y effectuer une progression fulgurante.

Pourtant, malgré son succès, Chérif n’a pas oublié la situation dans laquelle il se trouvait à la fin de ses études. Il a conscience des problèmes du Sénégal, du chômage des jeunes qui peut atteindre les 80 %, et du taux d’émigration qui reste très élevé (on compte un million d’expatriés pour une population de douze millions au Sénégal). « Le rêve des gens », d’après lui, « c’est l’Europe, l’occident ». Mais il est convaincu que ce rêve ne fait que traduire un manque d’opportunités : si les jeunes avaient la possibilité de travailler au Sénégal, s’ils pouvaient se construire un avenir sans se faire entretenir par leur famille, ils ne penseraient plus à partir. Enfin, Chérif sait également que « au Sénégal, tout reste à faire! » : toute personne connaissant le pays et ses coutumes est à même de relever le défi et de créer sa propre affaire, en ciblant les besoins de la population.

C’est donc décidé : ces opportunités qui manquent si cruellement aux jeunes, il va les bâtir lui-même ! Grâce à la réputation solide dont il jouit au sein de DS-MAX, il réussit à convaincre cinq de ses collègues et amis de se joindre à l’aventure. Ne disposant que de 14 000 F CFA, soit à peine plus de 20 €, ils décident ensemble d’investir dans du savon, qu’ils revendent aussitôt dans la rue. Petit à petit, en continuant à investir leurs gains dans du savon, ils se constituent ainsi un capital... et au bout de neuf mois, leurs fonds s’élèvent à pas moins de 900 000 F CFA! La confiance d’un de leur fournisseur fera leur reste : étonné de se voir retourner des caisses de savon qu’il avait livrées par erreur, celui-ci décidera de soutenir ces jeunes si honnêtes en leur faisant crédit. Chérif et ses amis pourront ainsi développer leur activité, investir dans la création d’un bureau, et même recruter du personnel supplémentaire.

Aujourd’hui, six personnes travaillent à plein temps dans la gestion de NDAAM Distribution, qui a pris la forme d’un groupement d’intérêt économique. Malgré leur tournure entrepreuneuriale, les activités de l’agence s’apparentent bien à celles d’une ONG de jeunesse. Chérif et ses collègues ont en effet souhaité embaucher uniquement des jeunes sans formation, qui ne pourraient pas trouver de travail dans une entreprise classique. Le plus souvent, il s’agit de jeunes qui ont dû arrêter leurs études avant la fin du secondaire, et qui n’ont pas bénéficié d’un enseignement universitaire ou professionnalisant. Attirés dans les bureaux de Chérif par le biais d’annonces publicitaires ou du bouche-à-oreille, ceux-ci sont avant tout recrutés en fonction de leur motivation. Une fois embauchés, ils bénéficient d’une journée d’initiation, puis, chaque matin, d’une session de formation théorique et pratique à la vente.

NDAAM Distribution est donc un formidable tremplin pour ses commerciaux, dont les ‘success story’ se multiplient. Un des protégés de Chérif, par exemple, n’ayant pas assez d’argent pour prendre le bus, avait parcouru 12 km à pied pour venir à son entretien d’embauche... et aujourd’hui, il est l’heureux propriétaire d’un taxi. Une autre talentueuse commerciale a réussi, elle, à mettre assez d’argent de côté pour ouvrir un télécentre, qui lui permet actuellement de payer ses études. Même les jeunes qui ne se mettent pas à leur propre compte sont sûrs de trouver du travail après leur expérience chez NDAAM Distribution. La politique salariale de Chérif, qui privilégie le fixe et non les commissions, leur permet en effet d’apprendre leur métier petit à petit, de laisser éclore leur talent jusqu’au jour où ils ont assez d’assurance pour postuler à des emplois plus rémunérateurs.

NDAAM Distribution est aujourd’hui spécialisé dans les produits cosmétiques et alimentaires, et connaît un succès économique qui peut paraître surprenant. En réalité, malgré le manque de qualification de ses 120 jeunes commerciaux, l’agence dispose d’atouts exceptionnels. D’une part, elle bénéficie d’un personnel extrêmement motivé et fidèle à l’organisation : Chérif a tenu à instaurer une relation de confiance au sein de l’organisation, en supprimant les rapports hiérarchiques. Ainsi, plutôt que de rentrer chez eux à la fin de la journée, la plupart des commerciaux se réunissent dans les bureaux le soir, pour prendre le thé ensemble dans une ambiance familiale... D’autre part, les responsables de NDAAM possèdent également une connaissance approfondie du terrain et du marché local. Ils ont ainsi développé un système de vente et de promotion porte-à-porte, très efficace dans un pays à la culture communautaire. Ce système, bien moins coûteux qu’une campagne publicitaire, est d’ailleurs particulièrement apprécié par les entreprises pour les lancements de produits : le retour sur investissement est alors moins hasardeux.

A l’avenir, Chérif souhaite pouvoir s’implanter au Mali, et peut-être même se diversifier en devenant lui-même importateur : son organisation pourrait ainsi assurer la promotion et la distribution des produits qu’elle aurait au préalable importé, et offrir un interlocuteur unique aux sociétés étrangères intéressées par le marché sénégalais. Quoi qu’il en soit, l’implication sociale de NDAAM Distribution restera inchangée : le but de l’agence est d’aider chaque jeune à acquérir son indépendance, en lui donnant la possibilité de faire ses preuves. Car, comme dit si bien Chérif : « il ne faut pas être bon pour commencer, mais il faut commencer pour devenir bon ! »

comments powered by Disqus